UNE GRANDE DAME NOUS QUITTE AUJOURD'HUI


Cette année 2017 nous a fait perdre les plus grandes féministes du siècle dernier : Simone Veil. Aujourd'hui Françoise Héritier. Restez avec nous 5 minutes. On a décidé de porter hommage à ses travaux afin que tout le monde en connaisse la substance avant de se coucher ce soir :


Françoise Héritier est une ethnologue et une anthropologue qui n'a jamais cessé de déconstruire les idées reçues sur le féminin et le masculin. Toute sa vie, elle a cherché à comprendre pourquoi notre société a de tout temps hierarchisé le masculin et le féminin. Elle explique d'ailleurs dans son célèbre ouvrage Masculin/Féminin, la pensée de la différence, qu'il n’y a pas d’image constante de la femme dans nos sociétés. Il y a des variations « mais une très grande unité de fond ».



Quelle image subiraient les femmes ?


Les femmes seraient selon notre société « Faibles, bêtes, curieuses, peu dignes de confiance, bavardes, jalouses, frivoles, irrationnelles, hystériques ! Ou alors, de manière apparemment moins négative, fragiles, douces, dévouées, crédules, pudiques…Tout cela, elles le seraient « par nature ». (…) Cette conviction qu’il existe une nature féminine et une nature masculine est bien sûr culturelle, et elle est reconduite de façon culturelle ».


D'où vient cette drôle d'idée que les femmes sont inférieures ?


De nos ancêtres bien sûr ! Ils ont tenté de comprendre le monde avec seulement ce qu’ils avaient : c’est à dire les 5 sens. La chose évidente qu’ils remarquent et la plus importante des constantes, « qui parcourt tout le monde animal, dont l’homme fait partie, c’est la différence des sexes ». Il semblerait que la pensée humaine se soit organisée « autour de cette constatation ». Tout est classé ainsi par la suite selon ces deux rubriques. Dans toutes les langues on retrouve ces catégories binaires « qui opposent le chaud et le froid, le sec et l’humide, le dur et le mou, le clair et l’obscur, le haut et le bas, l’actif et le passif, le sain et le malsain ». Elles découlent toutes de cette grande répartition qui oppose le masculin au féminin.


L’homme est du côté du chaud, et du sec car il ne perd son sang que volontairement (au combat), tandis que la femme le perd chaque mois sans qu’elle puisse l’en empêcher lors de ses menstruations. Elle est du côté de l’humide, et du froid. Le masculin penche donc vers le positif, et le féminin vers le négatif.


Un problème demeure : les femmes sont capables d'engendrer des garçons :


Pourquoi les femmes peuvent-elles enfanter un garçon c’est à dire une autre forme qu’elles-mêmes ? Nos ancêtres résolvent ce problème en rabaissant de nouveau les femmes : c’est que cette forme-autre lui est implantée de l’extérieur, autrement dit par un homme : « Ce sont les hommes qui mettent les enfants dans le corps des femmes ». Dès lors, les femmes ne sont plus qu’un véhicule, un four.


Cette valence différentielle des sexes Héritier l’appelle « le modèle archaïque dominant ». Un modèle que nous subissons évidemment ENCORE.


Que pensait Françoise Héritier du hastag #metoo ?


Françoise Héritier était heureuse de cette initiative : « Que la honte change de camp est essentiel. Et que les femmes, au lieu de se terrer en victimes solitaires et désemparées, utilisent le #metoo d’Internet pour se signaler et prendre la parole me semble prometteur. C’est ce qui nous a manqué depuis des millénaires : comprendre que nous n’étions pas toutes seules ! Les conséquences de ce mouvement peuvent être énormes. A condition de soulever non pas un coin mais l’intégralité du voile, de tirer tous les fils pour repenser la question du rapport entre les sexes, s’attaquer à ce statut de domination masculine et anéantir l’idée d’un désir masculin irrépressible. C’est un gigantesque chantier. »


Que lire de Françoise Héritier ?


Priorité 1 : Masculin/Féminin. La pensée de la différence

Priorité 2 : Le Sel de la Vie.



Merci Françoise Héritier pour tout ce que vous avez apporté aux femmes.




Si vous avez aimé cet article, inscrivez-vous à notre newsletter