EN AFGHANISTAN, MON FILS EST UNE FILLE !


En Afghanistan et au Pakistan, il est très mal vu pour une famille de ne pas avoir de fils. Pour éviter le déshonneur, il arrive donc fréquemment que les parents déguisent l’une de leurs filles en garçon. Cette pratique courante, condamnée par les mollahs, est appelée Bacha Posh, qui signifie littéralement « habillée comme un garçon ».

En Afghanistan, les femmes sont confinées chez elles pour s'occuper de la maison et élever les enfants, et doivent se voiler pour sortir – toujours accompagnées d’un homme. Sans cette présence masculine, aucune sortie n’est possible, sous peine d’être considérée comme une femme légère et indigne de respect. L’honneur des femmes se mesure également à leur capacité à enfanter des garçons. Une famille sans fils fait l’objet de vives critiques, souvent à l’encontre de la mère qui est traitée de dokhtar zai, « celle qui n’apporte que des filles ». Elle est alors jugée incomplète et fragile.


Or, selon la croyance populaire, travestir sa fille permettrait de s’attirer les faveurs divines et d’augmenter les chances de donner naissance à un garçon. La famille sans fils choisit donc l’une de ses filles et la transforme en véritable garçon. Cheveux courts et pantalon, elle bénéficie des mêmes droits que ses homologues masculins… pour une durée déterminée. Elle peut alors étudier, jouer avec les garçons de son âge, s’exprimer parmi les hommes, être exemptée de tâches ménagères, accompagner sa mère et ses sœurs en public comme le ferait un frère. Elle est autonome, fait preuve d'autorité et permet à sa famille de regagner l’estime de la communauté.


La famille élargie et l’entourage connaissent bien souvent la double identité de la Bacha Posh, mais cette pratique est tolérée jusqu'à la puberté. A l’arrivée de leurs premières règles, les Bacha Posh doivent redevenir des femmes à part entière, avec l'obligation de se marier. La transformation est compliquée et leur paraît régressive. Elles considèrent les hommes comme leurs égaux et leurs maris deviennent des amis plutôt que des amants, car elles n’ont pas reçu l’éducation qui cantonne les femmes au rôle d’épouse et de mère. Elles veulent pouvoir se déplacer librement, débattre, faire du sport et surtout, elles refusent de se taire. 


A tel point que certaines transgressent la règle et continuent de se comporter en homme à l’âge adulte. C'est le cas d'Ukmeena Manoori, auteure de Je suis une Bacha Posh. Pendant la Guerre Froide, Ukmeena était adolescente et a combattu les Soviétiques, avant d’aider les moudjahidines pendant le Djihad. Elle a ensuite été élue au conseil de province et a réussi à se faire respecter des hommes de sa communauté. Elle se bat aujourd’hui pour améliorer les droits des femmes. Pour ce faire, elle a dû sacrifier sa vie d'épouse et de mère : le prix à payer pour garder sa liberté.

 

Sources :

http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/bacha-posh-fille-a-l-interieur-garcon-a-l-exterieur-28-03-2013-3039_118.php

http://www.atlantico.fr/decryptage/bacha-posh-loin-nos-debats-genre-vie-ces-dizaines-petites-afghanes-contraintes-vivre-comme-garcons-1745828.html/page/0/1


Par Marie-Lou Dulac

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