ÉGALITE HOMMES-FEMMES : ECHEC ET MAT ?


Vous avez peut-être entendu le député européen Janusz Korwin-Mikke s’exprimer sur l’écart de salaire entre hommes et femmes : « Bien sûr, les femmes doivent gagner moins que les hommes. Elles sont plus petites, plus faibles et moins intelligentes ». Malgré l’absurdité de ses arguments, un point dans son propos a de quoi interpeller : « Savez-vous combien de femmes sont classées dans les 100 premiers joueurs d’échecs ? Je vais vous le dire : aucune ».


Pour commencer, il a tort : le top 100 mondial comporte une femme en 2018. Elle s’appelle Hou Yifan, elle a 23 ans et est classée 64e. Mais pourquoi les femmes sont-elles quasi absentes de ce classement ? Etonnamment, les tournois d’échecs ne sont pas tous mixtes. Dès leur plus jeune âge, les joueuses sont invitées à concourir entre elles, à l’écart de leurs homologues masculins. Cette distinction est compréhensible dans les compétitions sportives, mais pourquoi opérer une telle séparation dans une discipline cérébrale ? Est-ce le reliquat d’une époque sexiste, ou les femmes sont-elles naturellement moins douées que les hommes au jeu d’échecs, symbole de l’intelligence ?


"Etonnamment, les tournois d’échecs ne sont pas tous mixtes"


Dans les années 1960, un psychologue hongrois nommé Laszlo Polgar a lu les biographies de dizaines de grands intellectuels et leur a trouvé un point commun : une spécialisation précoce et intensive. Il en a conclu que le génie était acquis et non inné et s’est mis au défi de le prouver en l’appliquant… à ses propres enfants. Sa première fille, Susan, découvre un jeu d’échecs et demande à en apprendre les règles alors qu’elle n’a que 4 ans. A la fois une science, un art et un sport, le jeu d’échecs présente l’avantage de produire des résultats mesurables, qui permet à Polgar d’évaluer la progression de sa fille.


"Susan devient, à l’âge de 15 ans, la meilleure joueuse du monde"


Onze ans d’entraînement intensif plus tard, Susan devient, à l’âge de 15 ans, la meilleure joueuse du monde, suivie par ses sœurs Szofia et Judit. Judit obtient le titre de Grand Maître au même âge, battant le record de précocité détenu par l’américain Bobby Fischer. Elle décide de ne plus participer aux tournois réservés aux femmes et affronte directement les hommes dans les compétitions mixtes. Elle bat notamment le célèbre Garry Kasparov.



Malgré ce bel exemple, force est de constater que dans les faits, les femmes sont moins fortes que les hommes. Certains prétendent que c’est parce que les femmes jouent moins bien qu’elles sont moins nombreuses à jouer. L’argument est facilement réfutable. Il suffit de regarder le film et non la photo : le nombre de championnes augmente proportionnellement au nombre de femmes qui jouent aux échecs. Or, les femmes n’ont pas subi de mutation génétique ces dernières années.


"Le nombre de championnes augmente proportionnellement au nombre de femmes qui jouent aux échecs"


Le jeu d’échecs a depuis toujours été perçu comme masculin, à l’image des sciences. Ce stéréotype explique pourquoi les parents vont offrir un jeu d’échecs à leur fils plutôt qu’à leur fille et pourquoi une fille peut penser qu’elle n’est pas faite pour les échecs avant même d’en avoir appris les règles. Dans la même idée, une joueuse convaincue d’être nulle aura forcément de moins bon résultats. De nombreuses différences culturelles expliquent l’écart de niveau entre hommes et femmes aux échecs : à ce jour, aucun facteur biologique ne peut l’expliquer. Et d’année en année, les femmes progressent et rattrapent les hommes.

Alors, on ne peut que conseiller à Janusz de retourner s’entraîner sur sa partie, ça lui évitera d’aller dire des âneries au Parlement !



Sources :

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/en-france-les-femmes-sont-separees-158292

http://ratings.fide.com/top.phtml?list=men

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hou_Yifan

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/09/28/non-la-mere-ne-transmet-pas-l-intelligence-aux-enfants_5005012_4355770.html

https://phys.org/news/2009-01-men-higher-women-chess-biological.html


Par Marie-Lou Dulac



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