Ça va saigner !


Pourquoi est-ce qu’on a si honte d’avoir nos règles ? Qui ne cache pas son tampon entre ses doigts quand il file aux toilettes ? Les gens éprouvent à peu près la même gêne à parler des règles qu’à parler de diarrhée. Pourtant, 50% de la population est concernée par le sujet. Attention ça va saigner. 


Qu’on nous explique pourquoi dans plus de la moitié des États américains, les tampons et serviettes sont taxés alors que le Viagra et les chips en sont exonérés. D’ailleurs à l’école, les filles doivent se présenter à l’infirmerie pour avoir des protections, comme si c’était une maladie et non quelque chose de naturel. Les publicités transforment toutes le sang en un liquide bleu. Comme si la couleur rouge était trop sale. Et ce n’est rien face à ce que vivent les filles dans les pays en développement. En Afrique 1 ado sur 10 ne va pas à l’école pendant ses règles parce que c’est « sa semaine de la honte ».


En Afrique 1 ado sur 10 ne va pas à l’école pendant ses règles parce que c’est « sa semaine de la honte ».


Sur des millénaires, les protections n’ont connu que 3 grandes innovations : les serviettes jetables à la fin du XIXe siècle, les tampons dans les années 30 et enfin le coupe en 1980. La question qu’on se pose c’est « comment un produit aussi important a-t-il pu ne pas évoluer en quarante ou cinquante ans » ( Ingrid Nilsen ). Surtout qu’il y a quand même un grand potentiel commercial derrière tout ça !


« comment un produit aussi important a-t-il pu ne pas évoluer en quarante ou cinquante ans »


C’est sûrement ce que s’est dit en 1975 Procter & Gamble qui sort alors un tampon superabsorbant « le tampon qui absorbe même vos soucis ». Tellement absorbant qu’un seul pourrait suffire pour tout un cycle. Sauf que le corps des femmes préoccupe tellement peu la société que ces tampons sont mortels. Cette invention mettra des années à être interdite.


Encore aujourd’hui, même si leur composition est meilleure, on ne connaît pas toutes les matières qui composent les tampons puisque la FDA n’oblige pas les fabricants à en révéler la liste. Autrement dit : on en sait plus sur la provenance de nos T-Shirt que sur ce qu’on met dans notre vagin. Une ignorance qui est assez révélatrice du silence qui entoure les règles.


On en sait plus sur la provenance de nos T-Shirt que sur ce qu’on met dans notre vagin


Gloria Steinem dénonçait déjà tout ça en 1978. Mais depuis rien n’a vraiment changé « Que se passerait-il si, tout à coup, les hommes pouvaient comme par magie avoir des règles et pas les femmes ? ». Elle en est sûre « les menstruations deviendraient une caractéristique enviable, virile et une source de fierté ».


Aujourd’hui, rien n’est encore prévu dans l’espace public pour acheter des protections. Résultat, on connaît tous le fameux roulé de papier toilette au fond de la culotte à chaque imprévu.


Comment se sentir bien dans sa peau, quand on a la culotte trempée, le jean taché ?


Alors quoi ? Eh bien, il va falloir innover. Car si on ne fait pas évoluer les conditions sanitaires de l’intimité des femmes, si on ne change pas notre manière d’appréhender le sujet des règles, nous condamnons les femmes à la honte de leur corps. Comment pouvons-nous respecter notre corps, l'aimer, quand la société fait tout pour qu’on le cache et le trouve sale ? Comment se sentir bien dans sa peau, quand on a la culotte trempée, le jean taché ? Comment dans ces conditions-là pouvons-nous prendre le pouvoir ? Les règles touchent aux droits humains plus qu’on ne l’imagine et seront un véritable levier pour l’émancipation féminine.  



Sources : Courrier Internationale - Mars 2018 hors-série.

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