Non, c’est non : se défendre face à une situation de harcèlement ou une agression

 

Les cas d’agression et de harcèlement sont (malheureusement) plus que jamais d’actualité. Au Salon des Dames, nous sommes convaincues que le respect des femmes doit passer par l’éducation des hommes. Mais en attendant, voici quelques conseils pour apprendre à se défendre dans une situation d’agression. Toutes ces techniques sont inspirées de Non, c’est non : Petit manuel d’autodéfense à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire. Ce livre, écrit par Irène Zeilinger, devrait être sur toutes les tables de chevet !

 

Dépasser les préjugés


Un préjugé répandu consiste à croire que résister à un agresseur attiserait sa colère. Pourtant, l’agresseur a déjà démontré sa colère en nous attaquant, et ce que nous faisons pour nous protéger et nous défendre ne va pas empirer ce qu’il a déjà prévu pour nous. Se défendre est toujours un pari, mais un pari où la chance est de notre côté. Il n’est pas possible de se défendre un petit peu. On se défend, ou on ne se défend pas.

On fait également souvent porter aux femmes la responsabilité des agressions. On nous cite un catalogue de situations, de lieux et de comportements soi-disant provocants qu’il nous faudrait éviter au nom de notre propre sécurité. Etant donné que la majorité des violences faites aux femmes sont attribuées à leur conjoint, le mariage/concubinage est un facteur de risque bien plus grand que les lieux et comportements « dangereux » dont on nous rebat les oreilles ! Il est donc essentiel de garder en tête qu’à aucun moment, vous n’avez provoqué ce qu’il vous arrive. Ce n’est pas votre jupe qui a suscité ce regard dégoûtant dans le métro, mais plutôt le manque de considération de votre interlocuteur envers les femmes.

 

Ce qu’il ne faut pas faire en cas d’agression


L’auteure dresse la liste des réactions à éviter en cas d’agression ou de harcèlement :

-       Ignorer l’agression. Ignorer une agression, c’est en laisser entièrement le contrôle et l’initiative à l’agresseur. Faire semblant qu’une agression n’existe pas peut ouvrir la voie à une escalade de la violence, car l’agresseur/harceleur va chercher à repousser vos limites.

-       Répondre par l’humour. Premièrement, l’humour et le sens de la répartie ne sont pas donnés à tout le monde, ils ne sont donc pas toujours faciles à mettre en œuvre. L’autre pourrait même croire que vous vous moquez de lui, ce qui pourrait aggraver l’agression. Deuxièmement, vous n’avez pas envie de rire quand quelqu’un transgresse vos limites, au contraire.

-       Argumenter. Chaque discussion avec quelqu’un qui transgresse vos limites est une leçon gratuite que vous lui donnez. Quelqu’un n’agresse pas les autres par manque d’informations, et tous les arguments du monde ne suffiront pas à le faire changer d’avis.

-       Se venger, faire la même chose. L’agresseur ayant ses propres objectifs, l’imiter ne va pas lui faire changer ses plans, d’autant que cette stratégie est prévisible. C’est d’autant plus vrai dans des situations d’agression verbale ou sexuelle. Par exemple, on pourrait être tenté.e de lutter contre un regard irrespectueux en fixant à son tour certaines parties du corps de l’agresseur avec insistance. Cependant, votre regard a de fortes chances de ne pas être bien interprété par l’agresseur, et peut conduire à une surenchère (comme des attouchements dérangeants).

-       Réagir par la provocation. La provocation n’est pas une stratégie d’autodéfense mais une stratégie d’escalade. C’est une invitation à comparer ses forces avec celles de l’agresseur, ce qui n’est pas l’idée la plus judicieuse. La provocation est la meilleure façon d’en venir aux mains avec quelqu’un, alors que notre objectif devrait être de prévenir la violence.

 

Prendre conscience de sa valeur et s’affirmer : une question d’attitude


Nous pourrions penser que nous sommes prêtes à nous défendre vaillamment face à un agresseur, et pourtant les femmes sont souvent conditionnées à ne pas réagir quand on transgresse leurs limites. Prenons quelques exemples. Un homme vous a empêchée de sortir du métro pour monter plus vite dans le wagon. Une vendeuse vous a répondu sur un ton désagréable quand vous lui avez demandé si le pull existait en rouge. Un passant a laissé son chien uriner sur votre voiture, impunément et sous vos yeux. Dans toutes ces situations, vous n’avez pas réagi parce que vous vous êtes dit que cela n’en valait pas la peine, ou que la personne avait peut-être passé une mauvaise journée. Votre force mentale est alors concentrée non pas sur votre propre intérêt, mais sur celui de celui ou celle qui vous a causé du tort : vous banalisez l’événement, vous cherchez des excuses à son mauvais comportement et de bonnes raisons à votre passivité. C’est typiquement le genre de réflexes à bannir. Quand quelqu’un transgresse vos limites, il faut le lui dire fermement et sans attendre.

Le harcèlement sexuel au travail peut être prévenu ou arrêté si la victime pose ses limites immédiatement, sans équivoque. En Allemagne, on estime que la défense physique utilisée à bon escient est couronnée de succès dans 90% des cas, tandis que simplement tenir tête à l’agresseur ou chercher à l’éviter ne seraient des stratégies efficaces qu’à 50%. Des statistiques de la police allemande montrent également que les deux tiers des tentatives de viol enregistrées n’ont pas abouti. Même une défense légère, c’est-à-dire avec des mots de refus et des gestes de résistance hésitants, a fait cesser l’agression dans trois quarts des cas. Sans en arriver jusque-là, gardons en tête que l’attitude mentale des femmes est essentielle au succès de leur défense face à une agression. Nous pouvons et devons nous défendre.


Ce qu'il faut faire : la défense verbale


La défense verbale sert deux objectifs : affirmer nos limites et mettre fin à l’agression en déstabilisant l’adversaire (notamment en réagissant de manière inattendue). La technique dite « des trois phases » permet de poser efficacement ses limites dans des situations embarrassantes - notamment à connotation sexuelle -, sans pour autant avoir à couper les ponts avec l’agresseur, de sorte que la relation puisse continuer (s’il s’agit de votre employeur, par exemple).

Voici comment elle fonctionne :

-       Première phase : décrire le comportement dérangeant

La première phrase est une description simple et objective de ce qu’il est en train de se passer. Les analyses (par exemple « agression », « harcèlement ») et les procès d’intention sont à éviter. Dire le réel vous donne une position forte, une position que l’agresseur pourra difficilement remettre en question. Exemple : « Vous avez votre main sur ma fesse ».

-       Deuxième phase : décrire le sentiment que ce comportement provoque chez nous

Il ne s’agit pas d’expliquer ce que nous ressentons. Ce serait un début de justification, et nous n’avons pas à justifier nos émotions. Vous êtes la seule personne à savoir ce que vous ressentez, et l’agresseur aura bien du mal à réfuter ce qui est de l’ordre du constat ! Attention à ne pas confondre : des phrases comme « c’est inadmissible », « c’est impoli », « ça ne se fait pas » ne sont pas des descriptions de notre ressenti, mais des jugements de valeur. Voici quelques exemples de constats subjectifs : « Je n’aime pas ça », « Je ne suis pas d’accord », « Ça me dégoûte ».

-       Troisième phase : faire une demande explicite et concrète

Si nous nous contentons du constat de la transgression, l’agresseur pourrait répondre : « et alors ? » ou tester un autre comportement, tout aussi dérangeant que le premier. En prenant l’initiative, nous restreignons sa marge de manœuvre. Formuler une exigence concrète ne nous donne pas la garantie d’obtenir ce que nous voulons, mais c’est la condition sine qua non pour y arriver. Exemple : « Enlevez votre main de là tout de suite ».

Cette technique est une bonne base pour apprendre à poser nos limites de manière claire et indiscutable. Elle permet d’affirmer que « non, c’est non », tout simplement.


Cela n’est qu’un aperçu de tous les conseils prodigués par Irène Zeilinger. L’auteure rappelle un message essentiel : l’autodéfense est avant tout un instrument de prévention de la violence. Elle a pour objectif d’agir avant que la violence n’ait lieu, pour qu’elle n’ait pas lieu. Autrement dit, plus nous nous renforcerons, augmenterons notre confiance en soi et saurons poser nos limites, plus nous augmenterons nos chances de nous sortir des situations d’agression ou de harcèlement. Alors, à vos livres !


Marie-Lou Dulac

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