UN MODELE DE COURAGE ET DE RESISTANCE


Déportée sous l'Occupation à Auschwitz-Birkenau, Mala Zimetbaum a sauvé par son intelligence des milliers de femmes. Se sachant à la merci de l’ennemi, cette jeune femme juive a su gagner la confiance des femmes SS et obtenir un poste lui permettant de circuler librement dans le camp afin d’aider ses soeurs d’infortune.


Un esprit brillant pour tromper l'ennemi


Elle naît en 1918 en Pologne, et, très tôt, elle montre des prédispositions, notamment en mathématiques et en langues étrangères. Elle dévore n'importe quel livre qui lui passe sous la main, et apprend le français, le flamand, le yiddish, l'anglais, et l'allemand, au cours de ses innombrables lectures. C'est le prélude des éclairs de génie dont elle fera preuve pendant sa détention.

Après avoir intégré un mouvement de jeunesse sioniste (le Hanoar Hatsinoi) qui réclame le droit pour la communauté juive de disposer librement de son État, elle n’hésite pas, quand la Seconde Guerre Mondiale éclate, à entrer dans la Résistance...

Arrêtée et déportée en septembre 1942, elle est très vite choisie par les lieutenants SS pour occuper les fonctions de coursière et d'interprète-chef, en raison de sa maîtrise des langues étrangères. Dès lors, elle profite autant que possible de sa position privilégiée au sein du camp pour améliorer le quotidien des femmes, et surtout pour leur sauver la vie.

Ainsi, au risque d’être cruellement punie, elle efface délibérément des noms des listes d'exécution et fait en sorte d’envoyer ces femmes dans d'autres kommandos pour leur éviter la chambre à gaz ! Elle ne cesse également de faire circuler toutes les informations qui sont portées à sa connaissance par les SS, afin d'instruire les femmes du camp.


Faire reculer l'horreur du quotidien


Au-delà de ces actes audacieux et intrépides, Mala se fixe pour but d'améliorer le quotidien des prisonnières : elle les accueille à leur arrivée, les rassure, leur fait parvenir des photos de leur famille qu'elle vole dans les dossiers et remplace par d'autres pour tromper la vigilance des SS. Elle leur procure également des vivres, des vêtements, du savon... elle rivalise d'ingéniosité pour dénicher le moindre objet qui pourrait adoucir les jours de ses soeurs.

Par sa bonté et sa bravoure, Mala tisse une toile de solidarité entre les détenues. Tout ceci pour conserver l'humanité et l'identité de toutes ces femmes : Mala lutte, jour après jour, contre la déshumanisation du système qui tend à faire disparaître les noms et les histoires de chacune derrière un numéro, invisible dans la foule.

De tous les témoignages des femmes qui l'ont connue, ressurgit une immense tendresse pour cette femme qui a risqué sa vie à chaque instant en jouant double jeu avec l'ennemi. Le témoignage de Paulette Sarcey en particulier met l'accent sur la nécessité d'une solidarité entre femmes, d'une sororité, dans l'enfer qu'elles ont vécu, et dont Mala a été pendant un temps l'emblème vivant : “on parle peu de la spécificité du camp des femmes, on parle peu des femmes, de ce que c'était, être femme à Auschwitz. Pourtant, quand on me demande : pourquoi vous, vous êtes revenue, je réponds toujours qu'outre l'indispensable "coup de pot" [...], ce qui a le plus compté, pour moi, dans ma survie, c'est le fait d'avoir été une femme solidaire des autres femmes et dont d'autres femmes ont été solidaires à Auschwitz”.


Dénoncer la cruauté des camps au reste du monde


Mais non contente de l’aide précieuse qu'elle apporte dans la vie du camp, Mala voit plus grand : elle a pour projet de s'enfuir afin de dénoncer l'horreur et la cruauté des traitements subis depuis des mois. Elle fomente un projet d'évasion avec Edek Galinski, un Polonais à qui l'on a également confié un poste qui lui permet de circuler librement dans le camp.

Un jour de juin 1944, celui-ci parvient à voler le costume d'un soldat SS et Mala, quant à elle, se procure une tenue d'ouvrier. Ils se font ainsi passer pour un lieutenant accompagnant une détenue à la corvée. Mala emporte avec elle des documents essentiels pour prouver les abominations qui ont lieu au camp. Leur évasion est un succès, mais de courte durée seulement. Ils sont rattrapés quelques semaine plus tard à la frontière Slovaque.

De retour au camp, on dresse une potence pour montrer l'exemple : Edek est pendu, et Mala abattue d'un coup de feu, puis brûlée. Malgré cette fin tragique, elle conserve jusqu’au bout le courage et la détermination qui la caractérisent, frappant au visage un lieutenant avant de tirer sa révérence.


En 1994, un an avant le cinquantenaire de la libération des camps, les survivantes du camp Auschwitz-Birkenau organisent une cérémonie solennelle en son honneur, et Primo Levi lui rend même hommage dans Les Naufragés et les Rescapés… Malgré cela, Mala reste peu connue, sauf des spécialistes. On compte un seul livre à son sujet en Allemagne. Pourtant, même s'il n'est pas le seul acte de bravoure sous l'Occupation, le récit de sa courte vie demeure un modèle édifiant de courage et de solidarité féminine.



Par Amandine Eliès.


Source :

Les révoltés de la Shoah, Témoignages et Récits - "Mala, une héroine à Auschwitz", Gérard Huber



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