GEORGE SAND - LA FEMME TRAVESTIE EN HOMME


George Sand a défié le 19e siècle, le siècle le plus anti-féministe de l'Histoire et se travestissant en homme pour ne rien s'interdire.


De son vrai nom Aurore Dupin, George Sand naît à Nohant en 1804 d’une mère issue de la « race avilie et vagabonde des bohémiens de ce monde », selon ses propres mots. Elle s’habille en garçon dès son plus jeune âge pour aller chasser. Après avoir reçu une éducation au couvent, elle épouse à 18 ans Casimir Dudevant, homme bien ordinaire avec qui elle mènera une vie peu palpitante.


Elle rencontre Jules Sandeau en 1831 et décide de quitter son mari pour s’enfuir avec lui à Paris. Tous deux travaillent ensemble sur un roman, Rose et Blanche, l’histoire d’une comédienne et d’une religieuse, qu’ils signent J. Sand. C’est à l’occasion de la parution d’Indiana en 1832 qu’Aurore adopte le pseudonyme de George Sand. Elle lance la mode des pseudonymes masculins. Marie d'Agoult signera ses écrits Daniel Stern, et Delphine de Girardin prendra le pseudonyme de Charles de Launay. Indiana bouscule les conventions sociales et se fait le porte-voix des femmes. George Sand divise aussi bien l'opinion publique que l'élite littéraire. Malgré ses nombreux détracteurs, elle défend la liberté, prône la passion et s’affranchit des règles d’une société conservatrice. Jules Sandeau, dépassé par l’énergie débordante de George, lui écrit : « Tu veux que je travaille […] mais je ne peux pas ! Je ne suis pas né comme toi avec un petit ressort d’acier dans le cerveau, dont il ne faut que pousser le bouton pour que la volonté fonctionne ».


Elle finit par quitter son partenaire d’écriture – trop fade à son goût – et entame une liaison avec Marie Dorval, comédienne aimée de Vigny. Elle fréquentera également Prosper Mérimée avant de rencontrer Alfred de Musset en 1833. Il tombe fou amoureux d’elle mais ne parvient pas non plus à la retenir. Toujours inconstante, éternelle insatisfaite, George quitte Musset en 1835, non sans s’être coupé les cheveux et les lui avoir envoyés.

De retour à Nohant, elle s’entoure de Franz Liszt, Marie d’Agoult, Eugène Delacroix ou encore Frédéric Chopin. Elle entretient une grande correspondance avec Victor Hugo et le soutiendra dans son opposition à Napoléon III.


Elle s’immerge dans la révolution de 1848 et veut imposer la république à La Châtre et Châteauroux. Elle va même jusqu’à rédiger un appel à l’émeute dans le Bulletin de la République. Mais après l’échec du coup d’Etat mené par Blanqui et Barbès, Sand rentre à Nohant et se remet à l’écriture de romans champêtres, en proie à la désillusion.

Peu à peu, ses amis disparaissent : Marie Dorval et Chopin en 1849, Balzac en 1850, Musset en 1857. Elle travaille alors avec Dumas fils. Elle s’inspire de ses pièces de théâtre pour en tirer des romans et réciproquement. Son anticléricalisme lui vaut la censure de son roman Daniela, ce qui ne fait pas d’elle une antireligieuse. Elle revient sur son passé sulfureux et se fait le chantre du mariage et de la répression des désirs.


A la fin de sa vie, Sand correspond avec Flaubert et ne cesse d’écrire : alors sous contrat, elle doit produire deux à trois romans par an. Avec plus de soixante-dix romans à son actif et cinquante volumes d'œuvres diverses, elle compte parmi les auteures françaises les plus prolifiques, ce qui ne manque pas d’en agacer certains. Barbey d’Aurévilly et Nietszche vont même jusqu’à la traiter de « vache à écrire ». Sand finit par mourir en 1876 et laisse un roman inachevé, Albine Fiori. À son enterrement, Victor Hugo fait parvenir ce message : « Je pleure une morte et je salue une immortelle ».


À retenir : En choisissant son propre pseudonyme « George Sand », elle abandonne le nom de son mari au profit de celui de son amant et prend un prénom qui lui rappelle ses origines (George étant pour elle synonyme de Berrichon). Ainsi, elle n'est plus dépendante du nom d'un homme, père ou mari et renaît en dehors du cadre patricarcal. Sans compter que ce pseudonyme mixte lui permet de n'être ni une femme ni un homme mais une plume avant tout : « Je n'étais plus une dame, je n'étais pas non plus un monsieur. […] On ne me connaissait pas, on ne me regardait pas, on ne me reprenait pas. » (Histoire de ma vie, 1855). Elle ne souhaitait pas écrire " en tant que femme", elle voulait juste ÉCRIRE.


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