POURQUOI LES FEMMES ONT-ELLES ÉTÉ DES MUSES SI LONGTEMPS ?


Tu seras muse, potiche, mais certainement pas artiste !



Parmi les rôles que les femmes ont joué dans l’art, il y a d'abord le rôle d'inspiratrice puis bien longtemps plus tard le rôle de créatrice.


Petit rappel : les muses sont les filles de Zeus et de Mnémosyne, la déesse de la mémoire. Dans certaines traditions, les muses sont au nombre de trois : Mélétê, Mnêmê et Aoidê qui incarnent chacune la « concentration », la « mémoire », et le « chant », trois moments de l'acte de création poétique donc. Mais dans d'autres traditions, elles sont au nombre de neuf et chacune est associée à un art précis.


À l'origine, ce sont les muses qui apportent l'inspiration et l'imagination aux artistes (rien à voir avec un rôle de potiche donc ! ) Pour les grecs, l'art ne peut être humain, il provient uniquement de divinités. Et cette divinité est forcément féminine. C'est pourquoi le mot « muse » n'a pas d'équivalent masculin. La muse est donc à cette époque encore divine, une Déesse, toute-puissante et l'artiste n’est QUE son médium.


Pas si vite papillon, tout ça ne va pas durer ! L’entrée dans l’ère judéo-chrétienne inverse la situation en privant la muse de toute dimension divine. La religion impose un Dieu unique qui est en plus un homme (ça commence à sentir mauvais les meufs). Adieu donc la Déesse-muse. Plus encore, la religion annonce que la femme provient de la côte de l’homme, ce qui la place de 1/ sous lui, et 2/ lui enlève toute dimension divine. Femme tu n'es que matière. Ben ouais, rappelle-toi, tu viens d'un morceau d'os.


Du coup, on a d'un côté un homme créé par Dieu en personne, inspiré par lui, et la femme, cet être créé par un simple mortel et inspirée par...personne. Voilà, c'est pour ça "femme" que tu ne peux pas créer !


C’est cette lecture symbolique des sexes qui influence la société et conduit la littérature, miroir du monde, à refuser complètement l’écriture aux femmes. Passives, matière, simples objet du texte : leur corps n'est que corpus. D'autres iront plus loin, et diront que si l'on interdit aux femmes de créer si longtemps c'est parce que les hommes sont tout simplement frustrés de ne pouvoir enfanter : " Laisse-moi accoucher du verbe, toi tu accouches déjà tout court".

À la Renaissance, la muse est donc une simple humaine. C'est Laure de Noves pour Pétrarque ou Cassandre pour Ronsard. Objet de désir, support de création, femme-objet que le blason démembre à loisir en zoomant sur des parties du corps.


À partir du XVIIIe siècle, tout change enfin. Comme un reflet de l'évolution de la place des femmes dans la société, la figure de la muse se métamorphose et devient plus active, plus créatrice. La figure de la muse artiste s'affirme, puis celle de l'artiste tout court.


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