JENNY D'HÉRICOURT - L'ÉMANCIPATRICE DES FEMMES


Tout au long de sa vie, elle s'acharnera à démontrer que « la femme a les mêmes droits que l’homme »


Jeanne-Marie Poinsard, dite Jenny d’Héricourt, naît à Besançon en 1809. Elle grandit dans un milieu dominé par le protestantisme et les idées républicaines. Elle se marie en 1832 et suit une formation d’institutrice. Après quatre ans de mariage, elle quitte son mari et réclame le divorce, alors interdit. 


Elle adhère aux idées du socialiste Etienne Cabet et s’engage en politique dans les années 1840. Elle publie un roman de critique sociale, Le Fils du réprouvé (1844), sous le pseudonyme de Félix Lamb. En parallèle, elle étudie l’anatomie, la physiologie et l’histoire naturelle, et acquiert un diplôme en médecine homéopathique. Elle joue également un rôle actif dans la révolution de 1848, en cofondant la Société pour l'émancipation des femmes, dont elle est secrétaire. Après l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République, elle suit une formation de sage-femme et exerce comme gynécologue et pédiatre.


Dans les années 1850, elle porte la voix des femmes sur la scène publique, notamment par la publication d’articles dans la Revue philosophique et religieuse, en réponse aux propos misogynes de Proudhon. Son article « Proudhon et la question des Femmes », publié en 1856, déclenche une vaste polémique. Il est traduit dans plusieurs langues et est largement commenté au sein du salon de Madame Fauvety, où l’on débat de l’ordre social et de la question des femmes. Proudhon refuse de répondre aux arguments de Jenny d’Héricourt, en invoquant son infériorité intellectuelle naturelle : « Il y a chez vous, au cerveau comme dans le ventre, certain organe incapable par lui-même de vaincre son inertie native et que l’esprit mâle est seul capable de faire fonctionner, ce à quoi il ne réussit même pas toujours ». En la renvoyant à sa condition de femme, Proudhon veut rappeler à Jenny qu’elle n’a pas sa place dans le débat public. D’autres contemporains partagent son opinion, à l’image de Jules de Goncourt, qui dit avec ironie : « Elle a dans le style la toute-puissance de la barbe ». 


Malgré ces obstacles, d’Héricourt continue à écrire et publie La Femme affranchie en 1860. Elle y dénonce ce qu’elle appelle « l’annihilation sociale de la femme », à savoir l’exclusion des femmes du travail, de la politique, de la citoyenneté et du droit à l’autonomie. « Mon but est de prouver que la femme a les mêmes droits que l’homme », affirme-t-elle. Elle est l’une des pionnières de la sociologie, avec Émile Durkheim et Auguste Comte, en démontrant l’importance du lien social, et notamment du lien sexuel, dans les rapports humains.

Après la traduction de son ouvrage en anglais, elle gagne les États-Unis où elle participe aux activités des féministes américaines. Elle rentre à Paris en 1872 et meurt trois ans plus tard. 

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