LA PETITE ROBE NOIRE : FÉMINISTE ?


La petite robe noire est devenue une vraie icône de la mode mais aussi un costume démocratique. Comment expliquer son arrivée au milieu des jupons à traîne ? Comment est-il possible qu’elle ait été adoptée par toutes les parisiennes alors même que les chevilles devaient encore rester cachées au début du XXème siècle ? 



En 1910, le Journal des Demoiselles écrit : les jupes sont si étriquées, si ridicules, qu’on les a surnommées les « trébucheuses ». Les robes bloquent le libre déplacement des femmes et parquent leur buste dans les baleines étroites d’un corset qui garantit l’élégante retenue de la Parisienne. Mais la guerre impose aux femmes de travailler et de laisser temporairement leur gestuelle de potiche. Dès lors, les manches des bustiers de crêpe craquent, les jupes raccourcissent, les crinolines sont mises au panier. Le manque d’argent est un argument de plus : le tissu coûte de plus en plus cher, il faut donc se satisfaire du minimum.


Bien, l’on sait déjà pourquoi la robe a pu si vite se raccourcir, défiant l’évolution de la mode sur les cinq derniers siècles. Mais pourquoi est-elle noire ? La réponse est simple : au sortir de la guerre, la moitié des femmes est en deuil. Voilà comment nait la petite robe noire.


De nombreux couturiers se jettent sur l’occasion pour repenser la mode parisienne. Dès 1922 fleurissent des modèles assez proches de ce que sera la célèbre petite robe noire de Chanel. Mais attention, avant que Gabrielle Chanel n’arrive, la petite robe noire ressemble déjà à ce grand T-shirt :


La-femme-de-France-printemps-1925



Pourquoi lui attribue-t-on alors la création ? Eh bien c’est parce qu’elle en a fait le symbole de la femme moderne. En novembre 1926, quand sa robe apparaît dans Vogue, Mademoiselle en fait le modèle type de la sobriété raffinée,s’adaptant aisément aux circonstances de la vie parisienne. Elle s’est approprié un vêtement que beaucoup de femmes avaient déjà adopté à l’époque, et « elle l’a transformé en symbole d’élégance et de modernité ». (Maria Grazia Meda)


Coup de com’ que finit de corroborer un journaliste américain en titrant la petite robe noire la « robe Ford de Chanel ». La mise en parallèle avec la célèbre automobile, première voiture accessible au grand public, parachève l’élaboration symbolique de la robe Chanel en icône démocratique. Elle devenait dès lors « une sorte d’uniforme de la femme moderne, celle que le monde entier porterait ». C’est ainsi que Coco Chanel a inventé ce que Paul Poiret nomme la « pauvreté du luxe ». 



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