SIMONE VEIL, CELLE QUI AUTORISE L'IVG


Rescapée de la Shoah, Simone est surtout connue pour la Loi Veil qui permet le 17 janvier 1975 de dépénaliser le recours à l'interruption volontaire de grossesse (IVG).


Mais elle est aussi la première Présidente du Parlement européen, Ministre d'Etat, des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville, membre du Conseil Constitutionnel et enfin membre de l'Académie Française.


Son père est architecte et exige de son épouse, bachelière et étudiante en chimie, d'abandonner ses études après leur mariage. Simone est la benjamine de la famille, elle a deux sœurs et un frère. Cette famille juive non pratiquante vit à Nice. Avec la crise de 1929, le travail se raréfie et ils déménagent dans un appartement plus petit. Le 4 octobre 1940, le régime de Vichy force les Juifs à se déclarer. André Jacob, le père de Simone, remplit les démarches et perd ainsi le droit d'exercer sa profession. Yvonne Jacob passe alors ses journées à chercher de la nourriture pour sa famille.

Le 29 mars 1944, Simone, alors âgée de 16 ans, est la seule de toute l'académie à obtenir son bac ! Le 30 mars 1944, alors qu'elle se fait appeler Simone Jacquier et qu'elle vit chez son professeur de lettres classiques qui la cache, deux officiers SS l'arrêtent. Les heures suivantes, le reste de sa famille, hébergée par d'autres amis, est aussi embarquée par la Gestapo. Sa sœur Denise, entrée à 19 ans dans un réseau de Résistance, se fait aussi capturée la même année. Son père et son frère Jean sont déportés en Lituanie. Ils n'en reviendront jamais. Simone, sa mère et sa sœur Madeleine sont envoyées dans le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Dorénavant, elle est appelée par son matricule 78651.

Peu de temps avant la libération du camp d'Auschwitz le 27 janvier 1945, elle est emmenée avec le reste des prisonniers au camp de Bergen-Belsen. En mars 1945, sa mère y meurt du typhus. Le 15 avril 1945, le camp de Bergen-Belsen est libéré par les troupes britanniques. Simone, Madeleine et Denise dans un autre camp (Ravensbrück) sont les seuls membres de la famille Jacob à revenir en France.


En 1945, Simone s'inscrit à la faculté de droit et à l'institut d'études politiques de Paris. Elle y rencontre Antoine Veil qu'elle épouse le 26 octobre 1946. Elle a avec lui trois fils. Ce qui ne l'empêche pas de mener une carrière brillante ! De fait, elle obtient le concours de la magistrature en 1956 et devient du coup haut fonctionnaire dans l'administration pénitentiaire au ministère de la Justice, où elle s'occupe des affaires judiciaires. Ainsi, pendant la Guerre d'Algérie, elle fait transférer en France des prisonnières algériennes victimes de mauvais traitements et de viols. Elle est nommée par la suite ministre de la Santé dans le gouvernement Jacques Chirac puis celui de Raymond Barre. C'est comme cela que malgré les attaques et les menaces venant de l'extrême-droite, elle fait adopter la loi sur l'IVG le 29 novembre 1974, loi qui entrera en vigueur le 17 janvier 1975. En juillet 1979, elle est élue Présidente du Parlement européen et reçoit en 1981 le Prix international Charlemagne qui récompense les personnalités remarquables engagées pour l’unification européenne. En mars 1998, elle devient membre du Conseil constitutionnel jusqu'en 2007. Elle se retire alors de la vie politique.


A la place, elle est présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. D'ailleurs, lorsque le 15 février 2008, on propose de confier la mémoire d'un enfant juif de France mort à chaque élève de CM2, elle s'y oppose fermement : « C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste ».

Son autobiographie, intitulée Une vie et vendue à plus de 550 000 exemplaires, sort le 31 octobre 2007. Elle est traduite en une quinzaine de langues.

En reconnaissance pour ses actions publiques, Simone est élue à l'Académie Française le 20 novembre 2008 où elle siégera dans l'ancien fauteuil de Paul Claudel et de Jean Racine. Sur son épée d'Immortelle, se trouve le numéro de matricule 78651 reçu à Auschwitz ainsi que les devises de la République et de l'Union Européenne : « Liberté, Egalité, Fraternité » et « Unis dans la diversité ».


Lors de son discours devant les députés, Simone Veil déclare :« Je le dis avec toute ma conviction : l'avortement doit rester l'exception, l'ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu'il perde ce caractère d'exception, sans que la société paraisse l'encourager ? Je voudrais tout d'abord vous faire partager une conviction de femme – Je m'excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d'hommes – : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. Il suffit d'écouter les femmes. »


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